La Révolution et l’émancipation des femmes russes

Aujourd’hui, même dans les «démocraties» capitalistes avancées, la vie pour des millions de femmes est pénible et pleine de corvées ingrates.

C’est la destruction du pouvoir tsariste/capitaliste et la prise du pouvoir par les soviets — conseils ouvriers et paysans — sous la direction des bolchéviks en octobre 1917 qui avaient permis de remodeler la société dans tous ses aspects.

Depuis la contre-révolution qui a restauré le capitalisme en 1991-1992, le sort des femmes de l’ex-Union soviétique a considérablement empiré et ressemble maintenant plus à celui des femmes du tiers-monde.

Pour les marxistes, l’oppression spécifique des femmes a ses origines dans la société de classes et ne peut être éradiquée qu’avec la destruction de la propriété privée des moyens de production.

L’entrée des femmes russes dans le prolétariat ouvre la voie à leur libération : être intégrées dans la production leur donne la puissance sociale nécessaire pour changer, aux côtés de camarades de travail hommes, le système capitaliste et jeter les bases de l’indépendance sociale des femmes russes, libérées des contraintes de l’institution de la famille.

Le marxisme est en désaccord avec le féminisme essentiellement sur la question de savoir où est la division principale dans la société : les féministes soutiennent que c’est entre hommes et femmes ; pour les marxistes, c’est entre les classes, autrement dit entre exploiteurs et exploités.

Les juristes décrivaient ce code comme «non pas une législation socialiste, mais une législation de l’époque de transition», tout comme l’Etat soviétique lui-même, en tant que dictature du prolétariat, était un régime préparant la transition du capitalisme au socialisme (cité dans Women, the State and Revolution).

Les bolchéviks envisageaient la possibilité de «supprimer certaines formalités, le mariage par exemple, car la famille sera bientôt remplacée par une différenciation plus raisonnable et plus rationnelle, basée sur des individus distincts», comme l’expliquait Goïkhbarg avec un peu trop d’optimisme.

Toutefois, comme les femmes russes assumaient traditionnellement la responsabilité des enfants et qu’elles avaient davantage de difficultés à trouver et à garder un travail, le divorce s’avérait souvent plus problématique pour elles que pour les hommes.

Il contribua beaucoup à mobiliser les femmes russes dans la lutte pour le socialisme en Russie.

Le fait que tant de femmes russes aient été membres du gouvernement soviétique et du parti illustre l’extraordinaire mobilité sociale que celui-ci encourageait.

Le système des «réunions de déléguées» instauré par le Jenotdel pour servir d’école de la politique et de la libération, était un vecteur essentiel de ce travail.

Ce problème était antérieur à la révolution, et sept ans de guerre puis la famine avaient fait grimper leur nombre à environ 7 millions et demi en 1922.

Les responsables des commissariats à la terre et à la justice refusaient de céder aux paysans qui demandaient d’abolir le divorce et les pensions alimentaires, et défendaient les droits des plus vulnérables, des plus faibles et des paysannes sans terre.

La commission de Moscou déclarait : «Accepter que le dvor n’assume pas ses responsabilités dans les pensions alimentaires signifie noyer notre loi soviétique dans une mer de stagnation paysanne» (cité dans Women, the State and the Revolution).

Melnikova, une batratchka sans ressources chassée du dvor de son mari, s’était présentée devant le juge en déclarant : «J’ai entendu dire au village que maintenant il y avait cette loi et qu’ils ne pouvaient plus insulter les femmes russes de cette façon» (ibid.) Malgré bien des résistances dues à la peur, l’ignorance et l’inertie de la tradition, une fois que les institutions et les changements dans la vie quotidienne fonctionnèrent, au début et au milieu des années 1920, ils rencontrèrent de plus en plus de soutien dans la paysannerie, particulièrement de la part des femmes russes.

Une minorité, petite mais significative, de paysannes russes avait vu leur vie transformée par les efforts d’éducation du parti, les activités du Jenotdel et leurs nouveaux droits.

A partir de 1924 le Jenotdel fut directement impliqué dans la lutte fractionnelle ; beaucoup de militantes connues soutenaient l’Opposition, notamment la responsable du Jenotdel, Klavdia Nikolaeva.

Celle-ci fut remplacée en 1925 par Alexandra Artioukhina, favorable à Staline.

Il a fallu des années à la bureaucratie pour étouffer totalement la conscience révolutionnaire, qui s’érodait aussi du fait de la dévastation du pays.

Le débat passionné sur le Code de la famille de 1926 est un des exemples montrant qu’il y avait toujours des débats passionnés dans certains secteurs de la vie politique soviétique.

Dans les années 1930 Trotsky avait prédit que la bureaucratie du Kremlin aboutirait à une impasse sur le front économique quand il faudrait passer d’augmentations grossièrement quantitatives à des améliorations qualitatives, de la croissance extensive à la croissance intensive.

Il réclamait une «révision de l’économie planifiée du haut en bas, dans l’intérêt des producteurs et des consommateurs» (Programme de transition, 1938).

Succédant au modéré Mikhaïl Gorbatchev, qui n’avait pas osé prendre les mesures drastiques nécessaires pour restaurer une économie totalement capitaliste, Boris Eltsine s’est emparé du pouvoir en août 1991.

La Ligue communiste internationale reconnaît la dure réalité : avec ces défaites sans précédent, la conscience politique a subi un recul.

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